Pensées cacahuètes

« Ronald » revient

Permanence du clown
 

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Il y a des sujets compliqués à aborder, tels que la raison d'être du Père Noël, celle de Jésus Christ ou dans une moindre mesure l'existence sous la lune du clown Ronald Mac Donald. C'est plutôt de cette moindre mesure que se préoccupe le court métrage de John Dower sorti en 2014 qui nous démontre que Ronald Mac Donald peut-être tout à la fois un homme et un clown, sans qu'on puisse distinguer d'emblée le bon grain de l'ivraie, le comique du tragique, l'art du dollar, etc. 

Plutôt que sombrer dans la mélancolie de la persona, Droguistes propose courageusement d'essayer de répondre à une série de questions très épineuses : comment existe le clown Ronald Mac Donald par rapport à l'homme Ronald ? Quel espace peut-il bien occuper dans l'esprit du grand nombre ? Quel rôle interprète exactement le clown de MacDo ?

_La présence réelle au fast food comme évidence du même

Nous pourrions dire que le clown Ronald Mac Donald existe comme présence réelle dans les fast food car sa représentation symbolique comme image de télévision, mug ou tee shirt semble ne pas suffire à procurer la foi en ce que la nourriture du fast food puisse être à la fois :

  1. toujours la même (je suis rassuré)
  2. toujours différente (je suis comblé)

Le clown Mac Donald partage également avec le Père Noël et d'autres super héros populaires l'incapacité de s'incarner à chaque fois qu'on souhaite pour soi ce "quelque chose" de différent : leur présence se mérite, tout comme les apparitions de la Vierge Marie. Pour que les clowns des fast-foods apparaissent, il faut au moins que ce soit votre anniversaire ou que vos parents aient touché le treizième mois (traduit dans le français sinistré de 2016 : toucher le septième ciel). On le voit donc, le clown Mac Donald est probablement une nécessité et une sorte de divinité.

Comment ça, une divinité, le clown Mac Donald ? Est ce qu'on ne pousserait pas un peu le nez rouge un peu trop loin ? Non, bien sûr. Bien que nos enquêteurs de terrain soient actuellement en grève illimitée pour de meilleures conditions de travail, ce qui nous empêche de vérifier de manière expérimentale s'il existe vraiment plus de deux personnes du monde urbanisé qui ne connaîtraient pas le clown Mac Donald, le fait que le clown Mac Donald existe pour le grand nombre sans que l'on puisse tout à fait dire en quoi consiste sa présence démontre assez son caractère transcendant. Quelle idée nous vient spontanément au sujet de Ronald Mac Donald ? N'est-ce pas finalement un acteur que chacun connaîtrait mais qui n'aurait ni texte ni interprétation complète ?

Cette grave question doit être abordée avec modération. L'abus de pareilles questions peut en effet gravement nuire à la santé des repas au MacDo et Droguistes décline toute responsabilité si le lecteur faisait une fausse route fatale, ici ou ailleurs, maintenant ou plus tard.

Au titre de la prophylaxie contre les maladies philosophiques de la tête, il nous semble donc bien suffisant d'affirmer que le MacDo, incarné comme joie céleste et universelle par le clown Ronald, se manifeste comme la joie terrestre tirée du "même" dans la nourriture.

 
 

_La présence réelle de Ronald comme mise en danger

Dans notre acception, l'apparition du clown, ainsi que le bouffon chez Shakespeare (également chez Kurosawa) permet de donner une profondeur de champ au politique : il sert l'actualisation de la raison et du pouvoir mais risque toujours de les mettre en danger.

Comme nous sommes entrés sur le territoire de la gastronomie, un détour par l'exemple un peu plus "slow food" n'est peut-être pas inutile. Mettons un restaurant réputé traditionnel où seraient susceptibles de se produire une troupe de musiciens folkloriques. En effet, c'est écrit sur la carte de ce restaurant à l'entrée. Qui ne suppose pas en voyant cela que la nourriture ne sera uniformisée en quelque manière ? Considérant que ces musiciens ne sauraient gêner l'a priori du goût que l'on forme en entrant dans le restaurant traditionnel, il convient que la musique possède un texte et une interprétation qui demeure également floue, une certaine idée reçue des airs traditionnels, une moussaka de muzak, si l'on veut. Pourtant, il y a toujours un risque que les artistes ne viennent déranger quelque chose. Que le touriste, frappé soudain par la richesse d'une interprétation musicale, se détourne de la carte du "même" pour s'ouvrir à des horizons nouveaux. Mutatis mutandis il y a toujours un risque que le clown Ronald, au temple du "même", se mette à réciter Baudelaire au beau milieu d'un anniversaire et réduise ainsi à néant tous les efforts de Mac Donald pour rendre l'expérience parfaite et agréable. En vérité Droguistes l'affirme : l'art n'est jamais tout à fait inoffensif, il a la faculté de loger partout son menaçant nez rouge et ensuite adieu veaux, vaches, cochons et vie normale. Ce documentaire le montre.

Le saviez-vous ? Il y a eu davantage d'hommes sur la Lune et de papes au Vatican que de Ronald Mac Donald sur terre. 

_Dans les faits

On apprend que la manifestation du dieu Mac Donald sur terre est officiellement déléguée par l'entreprise à des hommes de passage sous forme de chair et d'os, pour l'instant au nombre de huit, qu'à chacun d'eux est transmis l'Esprit et le sel de la vie Mac Donald et que cette transmission passe par un apprentissage pointu du maquillage, de la coiffure et du déguisement.

Ici nous faisons connaissance avec Joe Maggard, un Ronald à la retraite qui a si bien reçu cette transmission qu'il continue apparemment, si Andy Warhol ne se cache pas derrière cette œuvre, à clignoter tout seul dans la nuit du Nevada.

Il semble d'ailleurs que Joe Maggard aille très bien :  il porte en lui les outils esthétiques suffisants et nécessaires à sa propre joie, au point donc d'assurer la diffusion de son art dans l'espace public bien au delà de ses engagements contractuels avec Mac Donald. Qui plus est, Joe, ou Ronald, selon les points de vue, possède tout comme Mac Donald, une idée précise de la diététique :  manger une pomme c'est bien aussi, explique-t-il. Tant et si bien qu'on peut craindre que Joe vive plus longtemps que Ronald, ce qui serait fort embarrassant. Craindre n'est d'ailleurs  pas le mot pour l'amateur d'art éclairé (ou d'art illuminé) : plus le temps passe et plus l'actualisation de Ronald fera vraisemblablement œuvre.

Droguistes conseillerait peut-être à la prochaine Biennale de Venise d'inviter Joe Maggar à venir relever un peu le niveau ...

_BONUS

Et que se passe-t-il quand une fausse Blanche Neige décide de devenir la vraie Blanche Neige ? 

LA RÉPONSE 

 

_le Vatican vs Mac Donald

À voir ce film, n'est-il pas enfin frappant de constater à quel point le Vatican est en train de perdre son avance par rapport à Mac Donald ? En effet jusqu'au pape François seule la mort de l'homme sous la pourpre pouvait justifier l'embauche d'un nouveau pape. C'était clair, c'était propre. Mac Donald peut bien courir le risque pour son image d'un détournement de manège par un Ronald à la retraite sans que cela ne soit non plus un grand drame de l'Histoire, mais le Vatican, cette boite millénaire avec toutes ces franchises mondialisées, se figure-t-on le risque qu'il prend à laisser comme ça un Joseph Aloisius Ratzinger livré à lui même ? Qui sait ce qu'il fabrique celui-là ? Est-ce qu'il se déguise encore ? Sort-il la nuit dans les fêtes foraines de Rome pour taper la discut' avec des raggazi ?

 

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