Arts

Jeune création dans ta maison

Promenade à la 66e édition (17-24 janvier 2016)
 

_

A-t-on remarqué comment la plupart des expositions contemporaines pouvaient être prolongées, travaillées, revues sur Internet ? D'autant plus quand on y trouve des vidéos, parfois visibles en entier ou en extrait sur les plateformes habituelles (mais surtout Vimeo).

Le salon Jeune création, qui n'est pas tout jeune puisqu'il est né en 1949 sous le nom "Jeune peinture", est installé jusqu'au dimanche 24 janvier à la galerie Thaddaeus Ropac de Pantin. Soixante artistes de 25 à 39 ans y ont été sélectionnés par des galeristes, critiques, directeurs de centres d'art, etc. De moyennement loin, ça ressemble à ça.

 
 

D'un peu plus près, il y a plein d'idées passionnantes, même si l'on ne peut pas vraiment dire qu'on y a repéré des tendances neuves - le neuf n'étant plus la question depuis longtemps.

_PERVERSIONS TECHNIQUES

Au rayon figuration, Jennifer May Reiland fascine par son dessin obsessionnel, proche de l'art brut : elle pratique la saga miniature psychotique et sourdement érotique qu'elle intitule, pour les deux œuvres exposées, des Autoportraits en Marie-Madeleine ayant des visions de l'Apocalypse.

 
 

L'hystérisation de l'outil, la compulsion technique, peut également déboucher sur un kitsch rétrofuturiste assumé : c'est le cas chez Gregory Mc Grew, qu'on connaissait déjà pour une vidéo 3D (bleue et rouge, à portée domestique), Amygdaland, où l'on voit un gourou vanter les mérites de la puissance psychique, avec le déluge d'images pré-obsolètes qui s'en suit. Avec Once a pawn a time ("Il était un pion"), c'est à loucher sur des hologrammes en forme de jeu d'échec que Mc Grew convie. La prouesse technologique y dénonce sa nature foncièrement ratée. Comme il n'y avait pas d'image dispo, nous sommes allés filmer l'obscure pyramide du désir.

 
 

Toujours au rayon "on n'arrête pas le progrès", Samuel St-Aubin expose une cuisine en folie où œufs, muffins et petits pois frais cherchent à tomber sans toutefois y arriver. Ce sont bien les seuls trucs qui soient encore en équilibre en ce bas monde.

_à quoi sert l’art ?

Pas de bonne exposition contemporaine sans remise en question de ce qui s'expose et de ce qu'est une exposition. On en vient donc fatalement toujours à la question de "l'art" (c'est qui, quoi, comment, etc.). L'art sert à créer, voilà une tautologie dont au moins on est sûr. C'est-à-dire que l'art sert peut-être à susciter chez le regardeur ou le visiteur une participation à l'invention du réel, à nous transformer en Géo Trouvetou métaphysiques, se demandant pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien.

Juliette Goiffon et Charles Beauté se font ethnographes de leur propre travail. Ils exposent ici une installation qui évoque à la fois un lutrin et un clavier de piano. C'est une partition, il ne reste plus qu'à interpréter. Des plaques en plexiglas coloré gravées à la fraiseuse numérique, entre pochoir d'enfance et écran futuriste, présentent des extraits de brevets pour des méthodes de networking et d'espaces de travail virtuel, plus quelques têtes de bonshommes et des traces de doigts (gravées elles aussi). Le titre semble quant à lui désigner l'"inachèvement" de l'œuvre, comme si elle était arrêtée dans un état datant de quelques heures avant la deadline de l'exposition.

Plus directement dans la dérision, Yann Vanderme, l'homme qui a tout fait à 33% (sauf avoir le prix du Salon Jeune Création, ça il l'a eu à 100%), propose une vidéo très drôle où deux muppets se documentent sur la réalité dans des livres et visitent une exposition d'art, en faisant des commentaires sur les cartels ou la disposition des "œuvres" qui sont extrêmement logiques - et donc, vue leur nature de pantin, finalement absurdes.

 

Autres séries et dossiers

Scènes

Le théâtre de Sade exhumé

La face cachée du Marquis de Sade
Sylvain Martin est le premier metteur en scène à adapter les pièces de théâtre du Marquis de Sade mot à mot. Une fidélité au texte qui n'a rien de servile, au moment où l'oeuvre originale de Sade, censurée au 19e siècle puis galvaudée au 20e siècle, a pour ainsi dire disparu. Flash forward [...]
Lire plus
Scènes

Wozzeck aux nues

La mise en scène de l'opéra d'Alban Berg à l'Opéra des Nations de Genève
Une co-production transatlantique, un casting de classe mondiale, une migration parfaitement maîtrisée et un orchestre suisse romand dynamisé : Wozzeck, rapporteur de l’ONU à Genève. L'Opéra des Nations de Genève a décidé d'aller chercher cette fois-ci son spectacle un poil(u) plus loin qu'à [...]
Lire plus