Carto

Grandes régions, maxi terroirs

Tout change, mais rien ne change

Pour imposer une réforme territoriale, il faut (notamment) gagner la bataille des représentations. Le Premier ministre (celui qui s’est ramassé aux primaires, pas celui qui fait classer ses dossiers à l’Assemblée Nationale par ses filles) et le ministre de l’Aménagement du territoire (ainsi que de la Ruralité et des Collectivités territoriales) l’ont bien compris. Aussi ont-ils lancé à l’automne dernier un concours de cartographie, à destination d’artistes, de jeunes et de professionnels. L’objectif : montrer que la France à treize régions métropolitaines – plus les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM) – forme un bel ensemble.

Jetons un coup d’œil aux productions des lauréats, afin de voir ce qu’il en ressort. Mettons de côté la représentation artistique un peu mystérieuse, qui a le mérite d’être la seule proposition du concours à ne pas respecter les contours du territoire. Laissons aussi le cours en ligne par / pour des élèves appliqués, qui raconte en peu de temps l’histoire récente de la construction du territoire métropolitain.

Que reste-t-il ? Premièrement, des productions somme toute classiques, dont l’unique but est de familiariser l’observateur avec la forme des nouvelles régions. Que ce soit de façon schématique sur circuit imprimé, ou de façon précise et ultra-classique, les régions imposent leur apparence et leur logique. En arrière-plan, apparaissent parfois les départements, le repère immuable qui facilitera l’appropriation culturelle des nouveaux mastodontes : un puzzle se charge d’ailleurs de rappeler qu’ils sont le soubassement de la nouvelle construction territoriale.

Secondement, on compte une proposition qui rend paradoxalement les limites quasi-invisibles, préférant représenter quelques images d’Epinal. Des emblèmes localisent les terroirs ou les paysages dans une esthétique un peu rétro. Il y aurait un peu d’imaginaire colonial derrière tout cela que nous n’en serions pas étonnés (voir notamment la Guadeloupéenne ou le bagnard de Cayenne). L’idée, ici : oui, les régions bouleversent l’organisation administrative, mais en fait, rien ne change. La France éternelle, c’est toujours plus rassurant que la France qui change. Mais un peu naïf, aussi.

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Publié le : 18.09.2017 par